Emitaï est un barde demi-elfe né en 1477 C.M et originaire de Nox Lyuine, ville anciennement située sur la Côte d'Avany. Époux modèle et père d'une jeune fille brillante qu'il nomma Lily, Emitaï était doué d'une voix mélodieuse et d'un génie lyrique sans pareil. Il parcourait l'Est des Contrées d'Izuvis, enivrant les cœurs et les esprits par ses chants et ses ballades. Nulle âme ne pouvait rester insensible à la magie de son Art, et bientôt, sa renommée s'étendit au-delà des frontières. On raconte que même le Père du Roi Vermithrax, le Roi Freyjax, le convoqua à la Cour Kyrmorienne lors de la naissance de son unique fils.
Cependant, Emitaï, malgré l'adulation et la gloire dont il jouissait, fut en proie à une insatiable soif de perfection. Dévoré par l'ambition, il aspirait non seulement à être le plus grand, mais à transcender toute mesure de l'excellence artistique. En son for intérieur naquit un désir particulier, celui de sacrifier tout et tous pour atteindre l'apogée de son Art. Il se dirigea alors vers toutes les divinités du Panthéon, lui qui avait toujours été agnostique, jusqu'à ce que seul le Dieu des Épidémies, Kœros, lui proposa un marché afin d'en faire son Elu.
Emitaï dirigeait une troupe de musiciens et de poètes, chacun possédant un talent propre, illuminant les performances de leur Cirque Avanyen de Nox Lyuine. Pourtant, pour Emitaï et surtout pour Kœros, ces compagnons d'art étaient des entraves à son succès. Leur présence, bien que précieuse, commença à lui sembler un fardeau, et selon le Dieu Gnome, une distraction totale sur le chemin de sa gloire.
Un soir, sous un superbe ciel étoilé, lors d'un banquet célébrant une nouvelle victoire artistique du Cirque, Emitaï, animé par une folie croissante, ourdit avec l'aide de Kœros un plan macabre. Il convoqua ses compagnons, les enivra de paroles douces et de promesses de grandeur éternelle. Mais lorsque l'ivresse de la confiance fut à son comble, il passa à l'acte avec l'aide de sa déité gnome. Dans un geste de trahison inexpiable, Emitaï décima sa troupe, se servant de poison fourni par Kœros. Leurs derniers soupirs se mêlèrent aux notes funestes de sa lyre, dans une symphonie macabre où chaque corde pincée semblait être la lame de Tacanha tranchant la vie. En s'affranchissant de ses pairs, Emitaï crut s'élever au-dessus des mortels, prêt à atteindre l'apothéose de son Art en devenant l'Elu du Dieu Gnome.
Cependant, le sang versé et les âmes sacrifiées imprégnèrent dès le lendemain sa musique d'une lourdeur insoutenable. Les échos de ses ballades, désormais teintées de désolation, résonnèrent dans les cœurs comme des cris d'agonie. Le public du Cirque Avanyen, autrefois captivé, se détourna, effrayé par ce sombre spectacle. La ville de Nox Lyuine fut rebaptisée Emitaï, nom désormais célèbre dans la Côte d'Avany comme étant quelque chose de funeste et dont il ne faut pas s'approcher.
L'elfe barde se retrouva seul avec sa fille, en se rendant bien compte qu'il avait tout perdu et qu'en plus, il n'était pas choisi par Kœros pour être son Elu. Sa légende, autrefois éclatante, se transforma en un avertissement sombre pour les Mestres de l'Est des Contrées d'Izuvis : "que nul ne laisse l'avidité dévorer son âme, car dans la recherche insatiable de la grandeur, on peut tout perdre, même ce qui nous rend humain !" disait-on en parlant de cette tragédie.
Mais cette tragédie d'un homme ayant sacrifié l'essence même de son art à l'autel de son ego démesuré ne s'arrêta pas là : Emitaï pria une nouvelle fois Kœros, qui lui demanda cette fois de sacrifier la petite Lily contre l'immortalité du barde et une nouvelle troupe, plus docile cette fois et lui promettant un avenir plus... radieux. Emitaï accepta alors et son unique engeance fut foudroyée en quelques jours par la Vivepeste, puis le Dieu Gnome ressuscita en échange son ancienne troupe avec l'aide de Tacanha. Le barde se retrouva encerclé de ses anciens compagnons zombifiés, mais également de trolls mort-vivants et de goules, sans jamais pouvoir converser avec.
Encore maintenant, la ville d'Emitaï continue de se donner en représentation, attirant uniquement quelques Gongiens mélancoliques et quelques touristes paumés. On raconte que l'Hôtel du Cirque, tenu par l'Argalire Mezthir Von Baroven, est hanté par l'esprit de la petite Lily.